L’Ouzbékistan en un mot :
- CitoyensDuMondeEM

- 28 mai 2022
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 mai 2022
L’Ouzbékistan est un pays d’Asie centrale, anciennement partie à l’URSS. On en entend rarement parler, et j’avoue que j’étais incapable de le situer sur une carte avant de commencer à planifier le voyage. Et pourtant, ce pays recèle de véritables merveilles, architecturales surtout. C’est un pays riche d’une histoire dépaysante, et de ses savants, dont malheureusement nous ignorons souvent tout.
Nous y avons passé douze jours. Douze jours très riches en découvertes culturelles.
Ce pays au carrefour de la route de la soie s’ouvre peu à peu sur le monde et nous livre ses merveilles. On espère juste que cela n’altérera pas son âme, car l’Ouzbékistan que nous avons découvert mérite vraiment de rester tel qu’il est, authentique, charmant, touchant, culturel, sauvage et tolérant.

Petit tour d’horizon

Capitale : Tachkent, ville oscillant entre monument d’un ancien temps et volonté de se moderniser, dans le Nord-Est du pays à la frontière avec le Kazakhstan.
Nombre d’habitants : 34 millions, Ouzbek, Russes, Kazakh, Tadjik, Turkmène, Kirghizes. En tout c’est plus de 130 nationalités qui sont présentes en Ouzbékistan.
Superficie : 447 400 km² (France: 543 965 km²)
Climat : l’Ouzbékistan est un pays très plat (à quelques exceptions près), majoritairement composé de désert, autrement dit, rien pour protéger des intempéries. Ce qui donne des hivers très froids (ayant même mis en déroute les troupes russes au XIX° siècle) et des étés horriblement chauds.
Ce qui fait que la saison touristique ne peut se dérouler que sur 4 mois : avril-mai et septembre-Octobre.
Drapeau : L’Ouzbékistan est une jeune nation, véritablement créée à la fin de l’URSS en 1991. Le drapeau est composé de trois bandes horizontales une bleue (la plus haute) une blanche (au milieu) et une verte. On retrouve deux liserés rouges entre chacune de ces trois bandes. En Haut à droite on peu voir une lune et douze étoiles blanches dans la bande bleue.
Le croissant, est un symbole de l’Islam.
Les douze étoiles représentent les douze mois de l’année de l'indépendance. Ces douze étoiles font aussi références à des signes spirituels de la tradition ouzbek et des calendriers solaires de même qu'au fait que les spécialistes pensent que l'astrologie a vu le jour sur le territoire de l'actuel Ouzbékistan.
Le bleu rappelle la couleur de la bannière de Tamerlan et symbolise aussi le ciel et l'eau desquels émane la vie.
Le blanc symbolise la paix.
Le vert est également un symbole de l’Islam même si certains indiquent qu’il se rapporte à la nature et les récoltes (éléments importants pour l’économie du pays).
Les deux bandes fines rouges symbolisent la vie.
Devise : le sum. 1€ égale 11 700 sum au mois de mai 2022 (à peu près). Il n’y a presque que des billets allant de 1 000 à 100 000 sums. Les billets sont très gros, pas très pratique pour le porte-feuille, même si on peu presque être millionnaire avec un retrait.
Conditions d’entrée : pour un séjour de moins de trente jours pas besoin de visa, il suffit de présenter son passeport à l’arrivée. La police aux frontières y porte une attention très méticuleuse, vous prenant en photo, vérifiant tous les éléments. Ils ont un peu bugué sur le mien à cause de mon PVT canadien toujours accroché à mon passeport mais au final tout s’est bien passé.
En matière de COVID, pas besoin de test PCR quand on est vacciné (en tout cas en mai 2022).
Frontières : en regardant la carte de l’Ouzbékistan on apprend qu’il existe des pays, dont on ignorait la réelle existence et c’est plutôt drôle d’essayer de se rappeler leur nom. Au Nord le Kazakhstan (jusque-là ça va), puis au sud-Ouest, le Turkménistan, l’Afghanistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan.
On trouve au Nord la mer d’Aral, qui a perdu 90% de sa superficie en 50 ans à cause de l’irrigation intensive des champs de coton. Aujourd’hui il n’y a presque plus d’eau, et le sel reste sur le sable et se déplace avec le vent, venant intoxiquer d’autres régions.
Le pays est traversé par deux grands fleuves l’Amou Darya et le Syr Darya. Enfin on trouve aussi plusieurs grands lacs notamment l’Aydar Kul.
Un peu d’économie : le pays est désertique mais grâce aux lacs et aux deux fleuves on retrouve des oasis qui permettent, grâce à un système très développé d’irrigation, de nombreuses cultures. Du temps de l’URSS le pays était exclusivement dédié à la culture du coton, on voit encore aujourd’hui de nombreux champs dans lesquels travaillent très péniblement les habitants. Aujourd’hui il y a davantage de diversité en termes de cultures, et les 300 jours d’ensoleillement permettent d’obtenir des fruits et légumes particulièrement savoureux.
L’Ouzbékistan a également des ressources gazières et pétrolières importantes. Ainsi que plusieurs mines d’or.
Histoire : l’Ouzbékistan est connu comme l’empire des steppes, puzzle de populations nomades, se déplaçant au gré des conditions climatiques. Au cœur de la route de la soie, réseau ancien (mentionné pour la première fois 2 000 ans avant notre ère), permettant les échanges de la chine jusqu’à l’Europe. Là dans les caravanes-sérail, plus que l’échange de marchandises, naissaient presque tous les types d’échanges, informations, cultures etc.
L’Ouzbekistan était alors constituée de différents peuples, disséminés dans le désert, au gré des oasis. Souvent envahie, comme par exemple par Alexandre Le Grand en 329 avant JC. Les populations pratiquaient le Zoroastrisme, religion dont le livre l’Avesta, se fonde sur les quatre éléments, le feu, l’eau, la terre et l’air. Cette religion existe d’ailleurs toujours mais de moins en moins. Les principaux pratiquant se trouvant en Inde ou en Iran, les autres s’étant converti à l’Islam.
Malgré les différentes invasions (par les huns par exemple) l’Ouzbékistan était le carrefour des principales religions : zoroastrisme, bouddhisme, catholicisme, judaïsme et manichéisme.
Puis dès 649, on vit arriver une nouvelle invasion, la première arrivant de l’Ouest, l’invasion dite arabe qui allait entrainer la conversion à l’Islam de la majorité des habitants du pays. S’en suivit alors une certaine prospérité économique, permettant aux sciences de s’épanouir, Avicenne rédigea alors son célèbre traité de médecine. C’est l’époque de l’âge d’or de l’Islam, le début des sciences exactes.
Puis à partir de 1167 ce fut au tour des Mongol de convoiter ce territoire. Ce fut donc le temps ds conquêtes, notamment sous l’égide de Gengis Khan. Son autorité s’étendit bientôt de la Chine à la mer Caspienne. Après ces sanglantes conquêtes, la Pax Mongolica s’installa, bénéficiant à l’essor de la route de la soie. A la mort de Gengis Khan, celui-ci répartit son empire entre ses 4 fils.
Puis en 1336, Tamerlan vint au monde, et construisit son empire, au prix de fleuves de sang qui devaient alors s’écouler. A sa mort en 1405 l’empire fut divisé, Ouloug Beg hérita de l’Ouzbékistan mais favorisant les sciences à la politique, il se heurta aux réactions de fanatiques religieux et finit par être décapité par son fils ainé.
Puis ce fut au tour des Cheïbanides de s’imposer en Ouzbékistan. Ils furent connus comme de grands bâtisseurs au XVI et XVII siècle. Enfin les persans finirent par envahirent le pays.
Dès le XVIII° siècle un autre enjeu géopolitique émergea : le Grand jeu, dont l’Ouzbékistan était au centre. D’un côté les Britanniques, inquiets que les Russes avancent jusqu’en Inde, le joyau de la couronne, et de l’autre les Russes voulant étendre leur influence et stopper la progression des Anglais. S’en suivit un certain nombre d’intrigues et d’histoires d’espionnage. Les Russes progressèrent rapidement, Tachkent tomba puis se fut au tour de Samarcande, Boukhara, Khiva. En 1890 les tensions entre l’Angleterre et la Russie étaient à leur comble, la guerre entre les deux menaçant. Un traité fut signé en 1907.
En 1920 ce fut au tour des bolchéviques de mettre la main sur l’Ouzbékistan, malgré la résistance du pays sur fond d’interdiction religieuse. Alors commença la soviétisation de l’Ouzbékistan. Les frontières du pays furent dessinées à ce moment-là par Staline. Mais sous le joug du communisme et interdisant la pratique religieuse (quoique tolérée par les autorités locales). La répartition des ressources économiques commença, attribuant le coton à la république soviétique d’Ouzbékistan, avec bien sûr la collectivisation des terres et la création de Kolkhozes. La seconde guerre mondiale vit les mouvements de population dont nous parlions un peu plus haut, avec un très grand nombre de réfugiés.
En 1991, malgré la volonté des peuples d’Asie Centrale de maintenir l’Union soviétique (90% en faveur pour le référendum), celle-ci s’effondra. L’Ouzbékistan indépendant était né et Karimov fut le premier président d’Ouzbékistan. Il tenta de créer une identité ouzbek pour ce jeune pays, s’attachant à l’histoire commune, remplaçant les statues de Lénine par celles de Tamerlan, encourageant l’Islam (avant de revenir en arrière et de réprimer les mouvements religieux), un attenta à la voiture piégée eu lieu en 1999 à Tachkent.
En 2001, suite au 11 septembre, des bases militaires américaines sont ouvertes sur le territoire, attirant l’attention de l’Occident sur cette région, et cristallisant les relations entre Russie et Etats-Unis quant à cette zone d’influence riche en ressources énergétiques.
Karimov fut réélu jusqu’en 2016 où il décéda d’une hémorragie cérébrale, en fonction. Shavkat Mirziyoyev, son premier ministre, lui succède puis est élu et réélu.
Population : comme on l’a dit un peu plus haut, plus de 130 nationalités sont présentes en Ouzbékistan, notamment suite aux mouvements de populations liés à la seconde guerre mondiale. Les Ouzbeks sont très fiers (et à juste titre) de nous raconter que pendant la seconde guerre mondiale, certaines familles ont adopté jusqu’à 16 enfants pour ne laisser personne orphelin, quelle que soit leur nationalité, leur origine ou leur religion.
Ce sont, notamment les populations voisines qui sont les plus présentes.
Nous avons trouvé les gens très accueillants et très gentils, souvent armé d’un grand sourire.
Transport : Ah le transport… Tout un poème.

En termes de transport international, nous avons grâce à Turkish Airlines fait le trajet suivant : Toulouse – Istanbul, puis Istanbul-Ourguentch et au retour Tachkent-Istanbul ; Istanbul-Toulouse ; Très pratique pour éviter les vols intérieurs. Chaque portion de vol met à peu près 3h30 – 4h avec escale de 3h à Istanbul.
En termes de transport interne on a, à peu près, tout essayé : la voiture avec chauffeur, le train, le métro. Plutôt sympa.
Pour la voiture : on a souvent eu des chauffeurs soit d’une ville à l’autre soit carrément pendant 3 jours pour nous emmener dormir dans les yourtes et le village de montagne. La ceinture n’est pas obligatoire à l’arrière, ce qui fait que la majorité des ceintures de sécurité sont carrément hors d’usage donc même si vous voulez la mettre c’est parfois impossible. A l’avant, depuis le 1ier mai 2022 la ceinture est obligatoire pour le passager. Elle l’est depuis plus longtemps pour le chauffeur mais très peu la mettent. Pire encore on a souvent vu nos chauffeurs, à l’approche d’une ville ou d’un lieu signalé mettre la ceinture devant leur torse sans la clipser, puis l’enlever à nouveau dès que le point est passé. On va dire que ça surprend.
90% des voitures roulent au gaz, là aussi, ça surprend, surtout quand il s’agit de faire le plein, le chauffeur nous laisse à l’entrée de la station, part déposer la voiture, quelqu’un fait le plein pendant qu’on attend avec tous les autres passagers de tous les autres véhicules, puis le chauffeur nous récupère en sortant. Niveau sécurité ça donne confiance.
L’état des routes est assez précaire, sauf pour les nouvelles routes. Mais on passe vite de la 4 voies à la route de terre avec des trous partout. Le marquage au sol est soit inexistant soit inutile, on se retrouve parfois à 3 ou 4 de front sur une route classique à double sens. L’utilisation du Klaxon est vitale, même si on n’arrivait pas forcément à faire la différence entre le « dégage je passe » et « bouge tu es trop lent » ou le « je te signale ma présence ». Bref personnellement j’étais contente de ne pas avoir à conduire.
Pour le métro : c’est celui de Tachkent (voir article)
Pour le train : nous l’avons utilisé entre Samarcande et Tachkent et c’était vraiment top. L’entrée dans la gare est quelque peu chaotique, on doit passer un portique de sécurité avec rayon X pour les bagages et tout le monde se bouscule un peu, puis on vérifie nos tickets et on entre dans la gare, ou rien n’est indiqué en anglais, le tableau d’affichage signale plusieurs trains, mais pas dans l’ordre au niveau des horaires, horaires qui a quelques minutes prés ne correspondent pas au ticket et on indique un quai mais sur le quai il n’y a pas de numéro, du coup on n’a pas tout compris. A part ça, les trains sont spacieux et confortables, à l’heure et on nous a même servis une collation.
Langue : L’ouzbek (langue turcophone), et le russe. Sortis de là il est très difficile de pouvoir communiquer, même à Tachkent il était presque impossible de trouver quelqu’un qui parle anglais. Heureusement nous avions des guides francophones dans toutes les villes, mais dès que nos guides étaient partis on se sentait bien démunis. Certains commerçants sont très forts et arrivent à vendre leurs produits dans presque toutes les langues mais sinon on a galéré pour commander une bière et un coca…
Habituellement je sers un peu de traducteur au long de notre voyage mais là Mathieu a été notre sauveur, il comprenait et se faisait comprendre bien mieux que moi. J’ai abandonné l’idée de faire des phrases assez rapidement. Exemple « Would you mind giving me some tea please, I mean if that’s ok for you” regard vide de mon interlocuteur. Mathieu “Tea please” aidé de grands gestes pointant du doigt la théière et levant le pouce. Beaucoup plus efficace, n’en déplaise à Shakespeare.
Personnages célèbres : on retiendra surtout Tamerlan (ou plutôt Amir Timour) et son petit-fils Ouloug Beg, grand astronome. On n’oublie pas évidemment un grand nombre de savants tous issus de l’âge d’Or de l’Islam et ayant permis la naissance de presque toutes les sciences exactes (Al Khorezmi venant du Khorezm vers Khiva et permettant la naissance de l’algèbre d’où le mot algorithme d’aujourd’hui) et tant d’autres, dont malheureusement nous n’apprenons pas grand-chose.
Tamerlan, est né en 1336 et il fut l’un des plus grands conquérants du monde, établissant un empire allant d’Istanbul à New Dehli. Il fut aussi un sanglant envahisseur. On lui attribue la mort de 17 millions de personnes. Il est aussi considéré par les Ouzbeks comme le sauveur de l’Europe, puisque Charles VI, demanda son secours face à une possible invasion de la part de l’Empire Ottoman. Tamerlan envahit alors l’actuelle Turquie mettant un terme au projet d’invasion de l’Europe. Tamerlan signifie Timour qui boite (il avait été blessé par une flèche à la jambe). Mais les Ouzbeks juge ce nom insultant et préfère le nommer Amir Timour. Le prince Timour, fondateur de la dynastie des timourides dont l’un des descendants lointains érigea le Taj Mahal. Tamerlan fit de Samarcande sa capitale, ramenant de ses conquêtes les plus brillants artisans et architectes, permettant la création des merveilles de Samarcande. Il mourut en 1405. Son empire ne survécut pas longtemps à sa mort, divisé entre ses fils.
Son petit-fils Ouloug Beg, était un grand savant, particulièrement un grand astronome, réussissant à calculer la durée de l’année de manière
extrêmement précise (50 secondes d’erreur par rapport à aujourd’hui), il savait aussi plus d’un siècle avant Galilée que la terre était ronde.
Sur la Madrasa construite par lui à Boukhara, il inscrivit la phrase « l’aspiration à la connaissance est un devoir pour chaque musulman et musulmane ».
Il est le seul petit-enfant de Tamerlan à ne pas avoir fait de campagne militaire, préférant la compagnie des sciences à celle des armes. Malheureusement, comme beaucoup de grands savants, il finit par être assassiné, et cette fois par son propre fils.
Sécurité : on s’est senti très en sécurité en Ouzbékistan, sa baladant seul parfois même de nuit (il faut bien évidemment rester prudents mais on ne s’est jamais senti en danger, ni agressé. Les gens nous indiquaient comme ils pouvaient le chemin, cherchant à communiquer tant bien que mal.
On attirait parfois beaucoup le regard, mais jamais de manière agressive, et plusieurs personnes ont demandé à prendre des photos avec nous. C’est surprenant mais vraiment pas méchant.
Artisanat
Il y a un très bel artisanat en Ouzbékistan et chaque région a son savoir-faire. On retrouve le travail du bois avec des sculpture sur bois incroyables (notamment à Khiva), le travail de la soie avec des motifs extrêmement variés, et un tissage expert. Il y a la céramique. Les suzani tissage traditionnel permettant la décoration des meubles ou des murs et constituant la dote des jeunes filles. On trouve aussi de drôles de toques en laine de moutons et de chameaux.
A savoir que le marchandage se pratique. On est pas forcément très à l’aise avec la pratique mais parait-il qu’il faut diviser par deux le prix initialement donné et ensuite trouver un accord avec le vendeur.
Ce qu’on a aimé : la culture, les monuments incroyables, l’hospitalité des gens, la sécurité, apprendre tant de choses sur des savants ignorés jusque-là.
Ce qu’on n’a pas aimé : la difficulté de communication



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