Khiva et le Khorezm
- CitoyensDuMondeEM

- 28 mai 2022
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 mai 2022

Nous voilà donc arrivés en Ouzbékistan. Nous n’avons pas dormi de la nuit, dans un vol bondé qui finit par atterrir à Ourguentch. Nous passons la police aux frontières (voir article conditions d’entrée). Un chauffeur nous attend, nous montons dans la voiture, sans pouvoir nous attacher. Nous faisons connaissance avec la conduite locale, qui nous sort très rapidement de notre état de somnolence. On remarque tout de suite que les routes sont propres, il y a de nombreux employés sur les bords de chemins qui nettoient les accotements. Dans les champs on voit également de nombreux travailleurs, surtout des femmes qui semblent se briser le dos en deux pour s’occuper des plants de cotons qui fleuriront à la fin de l’été. On croise des vélos à contresens (logique) et on double des petites carrioles tirées par des ânes. On quitte rapidement une Ourguentch très soviétique pour traverser rapidement une petite partie du désert. Ourguentch était pendant longtemps la capitale du Khorezm. Gengis Khan la conquit 5 fois, à chaque fois après son départ, la ville reproclamait son indépendance. A la cinquième conquête Gengis Khan lassé par la ville rebelle décida de la raser, et Khiva devint la capitale du Khorezm.
La journée est consacrée à la découverte de Khiva, petite ville fortifiée qui semble tout droit sortie d’un conte des mille et une nuits. Nous sommes accompagnés d’un guide, et c’est une véritable chance pour ne pas passer à côté des merveilles, des secrets et des légendes de cette ville fantastique. Tout semble nouveau, on s’émerveille devant chaque détail. Il faut un ticket d’entrée pour passer les murailles de la ville.
Notre petit conseil + : acheter vos souvenirs à Khiva, ils sont jusqu’à deux fois moins chers qu’à Samarcande et Tachkent. on l'a appris à nos frais (littéralement).
Il semblerait que la ville ait été créée par Sem le fils de Noé, qui, alors qu’il cherchait refuge dans cette oasis, aurait rêvé de la construction de la ville. Depuis sa création la ville servait alors de ravitaillement aux caravaniers de la route de la soie. On comprend rapidement que l’eau c’est la vie, cela peut paraître niais, mais cette phrase a pris tout son sens lorsque l’on a posé les pieds dans la ville. Le système d’irrigation décide de la destinée d’une ville, l’eau permet la puissance, ou la richesse d’une communauté. Le Khanat (royaume dirigé par un Khan) de Khiva est né fort de sa situation géographique et de son système d’irrigation. Khiva fut au centre du Grand jeu (voir histoire), les russes fatigués de voir leurs commerçants disparaitre sur la route de la soie dans les environs de Khiva (souvent enlevé par des Turkmènes dont le pays est proche et qui étaient alors de redoutables trafiquants d’esclaves) décidèrent de prendre la ville. Ils échouèrent à 3 reprises. La défaite la plus cuisante étant l’expédition menée par le général Pérovsky, qui partit en plein hiver avec 5 000 hommes et 10 000 chameaux en 1839 1840, forts de sa victoire contre les troupes napoléoniennes. Mais un mois après le départ de Russie, les troupes étaient prises dans un mètre de neige et tous mourraient de froid. Ils durent rentrer sans même avoir pu approcher la ville ni commencer la moindre campagne militaire.
Itchan Kala : la ville intérieure. Elle est encerclée par d’imposantes murailles et à l’intérieur se trouve ses trésors et merveilles. Petite ville, authentique, on entre par Ota Darvoza (la porte ouest)

On découvre immédiatement ses différents monuments :
Médersa Mohammed Amin Khan, aujourd’hui transformée en hôtel. Une médersa est un lieu d’enseignement, souvent d’enseignement supérieur religieux. On y apprend tous les enseignements classiques et on ajoute à cela la calligraphie et des cours religieux. On trouve toujours un portail d’entrée, deux étages avec les cellules (chambre des étudiants) la façade d’entrée est entourée par deux tours qui donnent à l’ensemble la stabilité nécessaire. Une porte d’entrée coupe la cour intérieure de l’agitation de la ville. On trouve ensuite une mosquée à l’intérieur. Malgré le fait qu’il s’agisse aujourd’hui d’un hotel on peut quand même pénétrer pour admirer la cour intérieure et les quelques corridors accessibles. Juste à côté de la Médersa on trouve Kalta Minor : le minaret inachevé. Il devait atteindre 70 mètres mais ne dépasse pas les 26 mètres de hauteur. Plusieurs légendes à cela : certains racontent que l’architecte est mort à la guerre, d’autres que si le minaret avait été achevé, n’importe qui aurait pu voir du haut de la tour, dans la cour de l’Ark située en contre-bas et dans laquelle se trouvaient les concubines du Harem du khan, d’autres encore racontent que l’architecte avait été approché par le khan de Boukhara qui lui aurait alors demandé de construire après le Kalta Minor un minaret encore plus grand à Boukhara, le Khan de Khiva furieux l’aurait jeté du haut du minaret.
Koukhna Ark
L’Ark c’est la citadelle ou vivait le Khan de chaque ville. On y trouve la mosquée d’été et son Ayvan coloré, qui abrite au fond de sa cour un musée de la Monnaie (avec les pièces et billets fabriqués à travers les âges. C’est d’ailleurs à cet endroit que fut frappé le seul ordre que Lénine ait jamais reçu, on trouve des billets sur du papier de soie, et une petite reconstitution du procédé de fabrication. On trouve aussi la salle du trône, peinte de mille couleurs et arabesques. La religion sunnite interdit la dessiner des êtres vivants, car il s’agirait de leur donner une âme, ce que seul un dieu peut faire. C’est la raison pour laquelle les peintures sont en général faites de calligraphies et d’éléments floraux. De l’Ark on peut monter sur le toit, qui offre une vue incroyable sur la ville. Attention aux marches qui sont très hautes.

Le Mausolée Pakhlavan Mahmoud
Pakhlavan Mahmoud était un lutteur, très apprécié pour sa gentillesse et son altruisme. Il décède à Khiva et devient le héros de la ville. Le lieu est très décoré et de nombreuses personnes, notables ou anonymes se sont fait enterrer à proximité du saint pour des raisons religieuses. Il faut enlever ses chaussures pour pénétrer dans le mausolée. On peut y voir la sépulture dudit saint et de plusieurs autres dont deux Khan. De nombreux pèlerins se pressent dans le mausolée pour faire un vœu. Mais pour qu’il soit réalisé il faudra avant consentir à une bonne action.
Un jour avant le combat Mahmoud s’en alla dans une mosquée de la ville ou le combat devait avoir lieu, il y croisa une femme qui pleurait et lui demanda la raison de son chagrin. Elle lui répondit, que le lendemain, son fils devait affronter un grand lutteur, invaincu, et que s’il perdait, le khan ferait exécuter son fils. Mahmoud perdit alors exprès son combat et fut condamné à l’exil pour sa défaite. Il put revenir des années plus tard, et mourut dans la ville (à Khiva si l’on mourrait en dehors des murailles de la ville on ne pouvait y être enterré).

Médersa Islam Khodja
La Médersa date de 1910 ce sont les derniers grands monuments architecturauxdu khanat. C’est le plus grand minaret de Khiva avec 45m de haut.
La mosquée Juma (la mosquée du vendredi)
La mosquée du vendredi est composée de 213 piliers de bois sculpté. Les plus anciens de ces piliers datent du X siècle
Le palais Tach Khaouli
Résidence du Khan allakouli au début du XIXe siecle. On trouve dans la cour bleue 5 niches importantes, une pour le Khan, la plus haute avec sa chambre dans le mur de l’enceinte et 4 autres pour ses 4 épouses officielles. C’est ici que se trouvait son harem.

On peut marcher sur une partie des murailles de la ville. Mais on devra faire demi-tour pour redescendre.
On trouve également le caravane-sérail avec des ventes d’objet artisanaux en face du palais Tach Khaouli.
Dans le Khorezm
Le deuxième jour, nous nous enfonçons dans le Kyzyl Kum : le désert rouge. On traverse l’Amou Darya jusque dans le Karakalpak (république semi indépendante faisant partie de l’Ouzbékistan (on n’a pas bien compris à quel point c’était indépendant.
Après un peu plus d’une heure, au milieu d’un désert qui a été plat pendant plusieurs dizaines de kilomètre, s’élève un semble de trois forteresses, construite en terre cuite et paille sur une petite colline : Ayaz Kala. Le lieu où les Khan gardaient leurs garnisons en cas d’attaques. On monte dans la deuxième forteresse qui offre un point d’observation sur un désert à perte de vue. L’Amou Darya, qui alimentait autrefois la mer d’Aral à présent quasi disparue, a changé plusieurs fois son cours, puisque coulant au milieu du désert. Il est fort probable qu’autrefois le fleuve coulait à proximité du site.
Ayaz Kala signifie la forteresse d’Ayaz qui était un esclave. Plusieurs légendes à ce nom. La première : Ayaz, un esclave tomba amoureux d’une princesse, il voulut l’épouser mais il était un esclave. Elle mit alors une condition impossible à ce mariage : la construction de la forteresse. A lui tout seul, il parvint à construire la forteresse, pour autant la princesse ne tint par sa promesse et en épousa un autre. Ayaz resta alors dans sa forteresse et ses larmes formèrent le lac qui existait alors.
Ou une autre légende raconte qu’Ayaz l’esclave vint observer l’élection du nouveau Khan. Cette « élection » avait lieu grâce à un faucon, qu’on faisait s’envoler et qui choisissait le prochain khan en se posant sur sa tête. Le faucon choisit Ayaz, à chaque fois.
Topraz Kala est également une autre forteresse Khorezmienne dans laquelle on a retrouvé un temple du feu sacré (zoroastrisme voir article l’Ouzbékistan en un mot).
Ou dormir : le Silk Road Caravan Serail est vraiment top et très bien situé!!

















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