De Boukhara à l’Aydar Kul
- CitoyensDuMondeEM

- 6 juin 2022
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Direction : Boukhara. Comment ? en voiture avec chauffeur. On prend goût au luxe. Apparemment il est également possible de le faire en train, mais aussi surprenant que cela puisse paraitre, le trajet est plus long. On s’enfonce donc dans le Kyzil Kum, le désert rouge pour 450km et environ 7 heures de route. On quitte vite l’oasis de Khiva, et le sable envahit tout l’espace. On découvre la nouvelle route de la soie, 4 voies qui traverse le continent. De l’autre côté de l’Amou Darya on voit le Turkménistan.
Enfin nous arrivons à Boukhara. Nous lui consacrons 2 jours. Le premier dédié à la vieille ville.

Le centre de Boukhara
Notre guide en profite pour nous faire un petit cours d’histoire au fur et à mesure des monuments que l’on visite. Invasion arabe, dynastie Samanide, invasion Mongole, dynastie Cheïbanide (grands bâtisseurs du 16 et 17° siècle) puis le grand jeu et l’arrivée des bolchéviques.
On commence par le mausolée Samanide. Malgré la conquête arabe et la conversion à l’Islam il apparait que les Samanide (dynastie datant du IX° siècle) mélangeaient un peu les cultes. Il parait que Boukhara est bâtie sur l’une des 7 portes du paradis qui s’ouvriront à la fin du monde ; Il était donc important que les gens y habitant soient sensibles à la religion et la vertu. La dynastie des samanides est fondée par Ismaïl Ibn-Ahmad qui offrit à la ville son âge d’or. Ismaïl fut un grand mécène pour les scientifiques, les poètes ou tout autre artiste. Il fonda un grand réseau d’irrigation avec de nombreux hammam, cœur battant de la ville et de son développement.
Son mausolée lui rend donc hommage. C’est le bâtiment le plus ancien de la ville. Situé dans un petit parc agréable. Il est construit en forme cubique, agrémenté de 4 portes indiquant les 4 points cardinaux avec un précision déconcertante. On retrouve des symboles Zoroastre et des Mandalay indiens.

Dans le même parc on découvre ensuite le mausolée Tchachma Ayoub avec sa coupole conique rare (on en retrouve une autre à Chakhrisabz). Ce mausolée consacre le prophète Job qui témoin d’une terrible sécheresse à Boukhara fit jaillir une source, aujourd’hui abritée par le mausolée. On y trouve un musée de l’eau, qui explique le système d’irrigation dont dépend la vie, et qui retrace également la catastrophe de la mer d’Aral, qui a perdu 90% de sa surface en 50%, laissant place à toute forme de sels toxiques et autres catastrophes.

En chemin vers l’Ark, nous passons devant la mosquée Bolo-Haouz

Haouz signifie bassin (mot très important à Boukhara). Cette mosquée d’été du vendredi, avec ses superbes colonnes de bois voit sa place se recouvrir de fidèles chaque vendredi
On se dirige ensuite vers la forteresse de l’Ark, résidence du Khan ou de l’émir. Lorsque celui-ci s’absentait de la ville, son premier ministre et certains de ses proches avaient interdiction de sortir de l’Ark jusqu’à son retour pour éviter les coups d’état. Seul l’émir avait l’autorisation de pénétrer dans l’Ark à cheval. Cette règle ne fut violée qu’une fois, par un anglais, qui finit décapité. Avant de pouvoir entrer dans la cour intérieure de l’Ark on passe devant le Zindan, prison aux conditions pitoyables, particulièrement dissuasives. La situation géographique de la prison avait évidemment pour but de montrer la férocité et la puissance de l’Emir. C’est de cette forteresse que le dernier Emir de Boukhara parviendra à s’échapper en 1924 face aux Bolchéviques et grâce à un système de passages secrets. Seuls ses deux derniers fils ne pourront fuir avec lui. A l’intérieur de l’Ark on découvre la reconstitution de la maison du premier ministre et des musées retraçant les habits et bijoux portés jadis. C’est aussi au cours de la visite de l’Ark que l’on en apprend davantage sur le grand jeu et les intrigues d’espionnage qui s’y jouaient.

On remonte vers le cœur de la vieille ville (Chakhristan) jusqu’au complexe Kalon. Une place magnifique ou se dressent d’un côté la Médersa toujours en activité, imposante, et de l’autre la Mosquée Kalon agrémentée de son minaret de 48 mètres. C’est encore plus beau le soir, joliment éclairé. Le minaret avait trois fonctions : l’appel à la prière, le phare dans la nuit pour les voyageurs perdus dans le désert, et le lieu d’exécution visiblement de nombreuses personnes ont été jetées du haut de ses 48 mètres. Le minaret survécut à l’invasion mongole grâce à sa hauteur parait-il. En effet Gengis Khan, voulait tout détruire mais lorsqu’il leva la tête pour jauger le minaret, sa coiffe en tomba. Il estima alors que le minaret forçait le respect puisqu’il était parvenu à le décoiffer.


Au cœur de la ville on passe par plusieurs coupoles qui abritaient chacune un corps de métier : la coupole pour les forgerons, une pour le change et l’autre pour les bijoux.
On y flâne avec plaisir pour s’abriter un temps de la chaleur et du soleil.
En remontant vers la vieille ville encore, on trouve les deux Médersas qui se font face : la Médersa Ouloug Beg et la Médersa Abdoul Aziz Khan.
La première fut construite par Ouloug Beg (du coup elle porte bien son nom). C’est sur celle-ci qu’il fit inscrire sa phrase « l’aspiration à la connaissance est un devoir pour tous les musulmans et toutes les musulmanes ».
La médersa Abdoul Aziz Khan et plus colorée, agrémentée de nombreuses stalagdites, on trouve à l’intérieur de nombreux artisans et une cellule d’étudiant des médersas d’antan (à côté mon appartement à Nancy, mal isolé avait l’air d’un palace huit étoiles).

En quittant le cœur de la vieille ville, on tombe sur la mosquée Magok -i – attari, un ancien temple Zoroastre transformé en mosquée.
Enfin on remonte jusqu’à Liab -i – Haouz, jolie place bordée par deux médersa et un khanagha (lieu pour un ordre religieux prônant le dénuement et « prêchant la bonne parole » d’une ville à l’autre. La Médersa au fond de la place est la Médersa Nadir Divanbegi, elle devait initialement être un caravane sérail, mais lorsque son batisseur la montra à l’Emir celui-ci le félicita pour sa médersa. Divanbegi n’eut d’autre choix que de convertir son caravane sérail en médersa. Et de l’autre côté la Médersa Koukeldach batie par le frère de lait de l’émir. La médersa abrite aujourd’hui des centres d’artisanat notamment pour les suzani (on est même passé à la télé en écoutant la petite dame nous parler de ses suzani!!)
Enfin en quittant la vieille ville on peut visite Tchor Minor Il s’agissait initialement d’une médersa à l’architecture un peu particulière puisque le portail d’entrée se constituait de quatre minarets. C’est sûrement le bâtiment le plus atypique de Boukhara !

Où dormir à Boukhara : Al Imran, très bien situé avec sa jolie petite cour intérieure
Où manger ? le meilleur plov : zargaron plov
La périphérie de la ville
Le palais sitoraï-makhi-khosa : dit le palais d’été de l’émir. On y trouve un grand ensemble de pièces, tantôt d’inspiration russe tantôt d’inspiration européenne. Ce qui surprend, comme souvent dans les constructions ouzbeks c’est que, malgré la chaleur alentour, les constructions permettent toujours la circulation d’un vent frais. Paraît-il que pour déterminer le lieu de la construction on attacher un morceau de viande pendant deux semaines. Si le morceau de viande était vieilli uniformément, alors l’air circulait bien et c’était ici qu’il fallait construire. En revanche s’il pourrissait d’un côté, ce n’était pas un bon endroit.
Le site de Bakhaouddin Nakhchbandi :
Un site particulièrement sacré à Boukhara, haut lieu de pèlerinage pour les boukhariotes, que les enfants sont fiers de faire seuls pour la première fois, indépendamment de leurs parents. Nakhchbandi, avait fondé un ordre religieux, différent de ceux que l’on a pu aborder jusque là. En effet, il prônait aussi le refus du pouvoir, la recherche spirituelle, le refus de la richesse matérielle mais en revanche il refusait l’aumône et incitait à travailler, ayant pour devise : tes mains au travail et ton cœur à Dieu. On trouve plusieurs mosquées sur les lieux, et son cercueil avec un mat et un crin de cheval, symbole qu’un saint est enterré à cet endroit. Le jardin qui entoure les lieux est très agréable.
La nécropole Tchor Bakr
Dans cette nécropole reposent quatre frères, tous descendants du prophète, accompagné de mosquées, de Khanagha (khonako). C’est un lieu où de nombreuses personnes souhaitent se voir enterrer, pour bénéficier de la pureté des saints enterrés ici.
La résidence de Faizoullah Khodjaiev.
Fils d’un riche marchand, il rejeta le système en place prônant l’éducation fondant le Jeune Parti de Boukhara jugé réformateur. Après la conquête de Boukhara par les soviétique il est promu chef de la république populaire de Boukhara. Echappant à quelques tentatives d’assassinat il devient président du conseil des commissaires du peuple de l’Ouzbékistan soviétique. Il lutte pour l’indépendance du Turkestan et s’insurge contre la culture du coton, ce qui lui attire les foudres de Staline qui finit par l’exécuter et déporter sa famille en Sibérie. Sa maison permet de voir l’organisation d’une maison d’une famille aisée.
Dans le désert Ouzbek.
Après avoir fait le plein de visites culturelles (Mathieu en a un peu ras le bol et je ne parviens à le maintenir intéressé qu’en lui promettant des plov à profusion), nous partout pour un Ouzbékistan plus sauvage.
Sur la route vers Yangui Gazgan nous nous arrêtons d’abord à Karmana pour admirer un énorme caravane-sérail de la route de la soie et son réservoir d’eau Sardoba.
Puis nous devions visiter Sarmych et ses peintures rupestres mais notre chauffeur n’avait pas l’air d’en être informé, et comme il ne parlait pas anglais, ben on a fait comme lui pensait…
Nous arrivons ensuite à Nourata, après être passés dans les Monts Nouratines qui donnent enfin un peu de relief et un tout petit peu de verdure. A Nourata on visite l’ensemble Tchachma qui dispose d’une source d’eau sacrée, particulièrement propre, avec de magnifiques poissons qui nagent dans la petite rivière qui s’en écoule ; et la citadelle d’Alexandre le Grand ; ça manque un peu d’explication, mais la visite offre un joli point de vue. Et se dire que l’on marche sur les pas d’Alexandre Le Grand c’est quand même un peu intimidant !



On déjeune dans une superbe maison de thé, qui nous offre un peu de fraîcheur avant de reprendre la route jusqu’à Aydar Kul, cet énorme lac d’eau salée, qui brûle sous le soleil impitoyable.
Enfin après avoir bravé le sable du désert, la chaleur étouffante, les routes en piteux état et les troupeaux de moutons, chèvres, chameaux ou vaches qui traversent à n’importe quel moment nous arrivons au camp de yourtes de Yangui Gazgan. Au milieu des dunes sont posées quelques yourtes dans lesquelles on peut dormir à 4 ou 6. Mais la chance est de notre côté et nous sommes absolument seuls au monde. On s’essaye à dompter les chameaux de Bactriane, et sommes très contents que quelqu’un soit avec nous pour les guider. L’animal n’a pas l’air très malin mais il a des dents affreuses que je n’ai pas franchement envie de sentir se planter dans mes cuisses… Sa manière de se mettre de debout ou de s’asseoir est surprenante et on entend l’eau clapoter dans ses entrailles à chaque mouvement.
Le soleil se couche sur le désert, il disparait derrière les dunes, nous laissant paisibles, épanouis par une belle journée.


On dîne au camp avec de découvrir des chants kazakhs au coin du feu. Un moment suspendu hors du temps, reposant, ni internet, ni bruit. Juste le calme. Les étoiles qui brillent la lune qui illumine le camp.
On part se coucher. La solitude qui était jusque-là un atout pour le séjour dans le camp me saisit tout à coup. Nous voilà donc seuls au milieu du désert, dans une petite yourte qui ne ferme pas à clé. Bref petit vent de panique, mais finalement tout se passe bien. Et nous passons une très belle nuit, agrémentée au petit matin par les cloches des chèvres.
On s’enfonce encore un peu dans le désert, cette fois vers les monts Nouratines et le village d’Asraf. Tout est brûlé par le soleil, on descend une route tortueuse et je préfère ne pas regarder sur les bas-côtés tellement on est proche du vide. Et là au fond de la route, on atterrit dans une petite oasis de paix, de verdure, un petit ruisseau passe en contrebas de la maison d’hôte où nous allons séjourner. Tout semble paisible. Encore une fois coupés du monde, pas d’internet, pas d’information ni de télé. Une famille gère la chambre d’hôte, avec les mères, les sœurs, les enfants. Une femme me demande si on a des enfants je réponds non, son regard surpris semble imprimer une date de péremption sur mes ovaires. Mais je souris.
Au programme des deux prochains jours : randonnées. On part d’abord dans le village, où on tombe sur un élevage de vers à soie puis sur un petit âne, bien chargé qui fait les foins avec son maître, vaillamment.




Le lendemain la randonnée nous emmène sur 12 kilomètres dans les Monts Nouratines. Le lac en toile de fond, le désert brûlé à l’horizon.
Voilà trois journées hors du temps, dépaysantes, déconcertantes.
A présent on renoue avec la civilisation : direction Samarcande !



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