Sucre, la capitale blanche ?
- CitoyensDuMondeEM

- 16 juin 2023
- 7 min de lecture
On redescend enfin en altitude pour atteindre 2750m d’altitude. Elle fut fondée en 1538, pas trop loin de Potosi, cœur économique du pays mais avec un climat plus agréable et moins de difficultés liées à l’altitude.
On doit lui concéder un charme certain. Elle reste la capitale constitutionnelle du pays. La Paz étant la capitale administrative, économique et diplomatique. Le sujet est très sensible. On nous parle longuement des affrontements qu’il y a pu y avoir entre La Paz et Sucre, et des sévices terribles qui ont été perpétrés. Tous nos guides ici nous le répètent : Quito est la capitale la plus haute du monde pas La Paz, puisque La Paz n’est pas la capitale. Nous sentons vite que c’est un sujet sensible.

Comment y aller ?
Depuis Potosi nous prenons un bus pour 20 BOB, il y en a un par heure. Nous sommes 5 au départ (attention depuis le terminal il faut payer des droits d’accès au terminal en plus du billet). Cela n’est pas suffisant, on s’arrête donc à la place du marché pendant une demi-heure pour remplir le bus. L’autre personne avec nous est un bolivien. Il commence à s’énerver. Nous on n’osait trop rien dire jusque là mais s’il commence à râler on va lui prêter main forte. Enfin, le bus repart et nous pouvons faire notre 2-3h de route.
Où dormir ?
Pas d’adresse hyper enthousiasmante. Charlie’s place était correct mais le proprio parfois un peu étrange. Notre premier AirBnB était bien situé mais la literie n’était pas folichonne.
Où manger ?
Outre les bonnes adresses du food tour du Cristian détaillées ci-dessous, il y a un arrêt obligatoire à Chocolate para ti (chocolat au sel d’Uyuni), et la Taverne un resto français très bon.
Que voir ?
Dans la ville
Il fait bon se promener dans ces petites allées blanches.
La plaza 25 de Mayo, très agréable. Tout se passe ici. IL y a la cathédrale, la casa de la libertad.


On peut marcher le long de la calle España et y visiter le MUSEF (gratuit).

En remontantvers la calle Santa Teresa on trouve un petit passage de pierre où sont disposés des os de genoux de vaches à intervalles réguliers, afin de chasser les mauvais esprits.



La recoleta pour le coucher du soleil, l’endroit est très beau avec sa petite église blanche, sa place et son patio. En redescendant on croise la rue des artisans.


Le parque Bolivar
Un Food Tour avec Cristian
Cristian est un bolivien qui a vécu 26 ans en Suisse et parle parfaitement français. Il était guide classique, jusqu’à ce qu’une française, une cheffe lui demande après un tour s’il a des recommandations pour découvrir vraiment la nourriture bolivienne. Il organise pour le lendemain un petit tour avec ce groupe. La cheffe adore, en parle à un ami qui demande à réserver le même tour la semaine d’après, il recommande le tour sur les français en Bolivie et le tout est lancé. Depuis, cela fait 5 mois que Cristian est complet tous les jours et c’est génial.
Pour 120 BOB, on passe la journée à découvrir la gastronomie bolivienne, le tout ponctué d’histoires sur le pays.
On commence par le marché. On découvre tout un tas de fruits et légumes avec des caseras (les femmes qui tiennent les stands). Elle nous dit de revenir vers elle, elle nous donnera la yapa (le rab commercial).


On continue par une dégustation de jus de fruit Chirimoya-ananas, passion mangue, ananas, carambole orange. Un régal.

A l’étage du marché on déguste une sopa de mani (soupe de cacahuète).

Juste à côté du marché maintenant, nous nous arrêtons à la choriceria 7 lunares pour déguster le Chorizo Chuquisaqeño. Super bon. Avec una Taquina : cerveza de chicha. La chicha est l’alcool de maïs traditionnel inca. L’entreprise était numéro un en termes de bière, mais a été dépassé par la paseña et a perdu tous ses contrats. Ils ont donc décidé de revenir sur le marché avec un produit novateur : cette cerveza de chicha à 5BOB. Succès garanti. C’est léger, frais et pas cher.


On se dirige à présent vers une galerie d’art traditionnelle à côté du parc Bolivar où on goute le Mondongo et l’aji de fideo. Le premier plat est une purée de maïs avec de la viande de porc en sauce (couenne de porc, pomme de terre et piment rouge doux). Le second est un plat de pâtes épicé. Le tout agrémenté de chicha traditionnelle (très sucrée).


De l’autre côté de la place Bolivar, à un endroit où nous n’aurions jamais songé manger (craignant depuis notre arrivée l’intoxication alimentaire bolivienne tant redoutée par tout tourdumondiste). Nous goutons plusieurs jus (lin, cacahuète, maracuya, tambo etc.) et le fameux anticucho : le cœur de vache. Autant dire que Mathieu s’est régalé avec ma part.
Enfin un tawa tawa petit dessert fait d’une pâte saupoudrée de sucre.


Les traces de dinosaures et le cratère de Maragua
Nous voulions aller à Torotoro pour voir les traces de dinosaures. L’accès (uniquement depuis cochabamba) est assez fastidieux et Mathieu commence à fatiguer. On apprend qu’il y a un parc à 2h de route de Sucre où il y a des traces à peu près similaires. Cela nous parait être un bon compromis. On annule donc torotoro et on décide de se rendre à se parc.
On passe par une guide recommandée, que j’appellerai M.
J’ai très envie de raconter l’histoire de M. simplement pour mettre un visage sur les discriminations qui existent.
A 15 ans M. qui allait dans une école pour fille exclusivement est tombée amoureuse de l’une de ses camarades. Ses parents apprenant la nouvelle, l’ont rouée de coups et l’ont violentée psychologiquement au point qu’elle se sentait être un monstre. Comme la relation s’est poursuivie malgré les interdictions des parents, ces derniers lui ont laissé un choix : partir au couvent (celui où on se flagelle pour de vrai tous les jours) ou aller à La Paz vivre avec sa sœur. Elle a choisi la seconde option. 3 ans plus tard, alors âgée de 18 ans, elle est retournée sous le toit de ses parents à Sucre pour aller à l’université. Elle n’a pas pu faire les études qu’elle souhaitait et a dû étudier ce que son père avait choisi pour elle. Au bout d’un an, extrêmement malheureuse, elle a laissé un mot à ses parents et s’est enfuie pour aller retrouvée son amoureuse. Elle a confié sa détresse, son beau-père lui a dit de rester chez eux, le temps qu’elle voudrait, qu’elle était ici comme une fille. Le lendemain, ses parents ont toqué à la porte, accompagnés de 15 policiers. Le père de son amie est sorti pour discuter avec son père à elle. Il lui a dit « mais enfin elle est en sécurité ici, laisse-la rester, tu ne préfères pas qu’elle soit en sécurité ici plutôt que morte dans la rue ? » ce à quoi le charmant géniteur a répondu « morte, je la préfère morte ». Entendant cela, M. s’est enfuie, elle est montée au sommet de la recoleta, décidée à se jeter dans le vide. Son amie et son père sont venus la chercher et l’ont ramenée à la maison. Les policiers avaient été amenés sous le faux prétexte qu’elle avait 15 ans et était séquestrée par la famille de son amie. Après avoir corroboré le fait qu’elle était majeure, les policiers sont partis. Les parents aussi n’adressant plus la parole à leur fille pendant 7 ans.
M. est restée dans la famille de sa partenaire. Au décès de son père elle a légèrement repris contact avec sa mère, mais aucun membre de sa famille n’accepte qui elle est vraiment. M. et sa compagne ont eu un petit garçon mais elles doivent appeler M « la tante » car personne en Bolivie n’accepte leur relation, et leur famille. Aujourd’hui elles souhaitent s’expatrier en Europe, en espérant pouvoir vivre pleinement pour qui elles sont.
Son histoire nous a profondément bouleversés. M est quelqu’un de bien, et savoir qu’elle a dû endurer tout cela nous a profondément heurtés. La première image qui me vient lorsque je pense à elle, c’est le paquet de bonbon qu’elle a tendu à un petit garçon sur le bord du chemin, son visage s’est illuminé tout à coup.
Notre premier arrêt est le chemin des incas. Nous le descendons. Les pierres datent des incas, la vue est superbe. M nous raconte les vertus des plantes que l’on trouve, certaines sont des contraceptifs, d’autres des abortifs, d’autres aident à la digestion (comme la muña) d’autres aident à la respiration comme l’eucalyptus. Passionnant.




On se dirige à présent vers Maragua, un cratère, qui n’en est pas un. On pique-nique au bord de la garganta del Diablo dans laquelle nous nous aventurons prudemment.




Ensuite nous entamons une courte marche pour aller voir les traces de dinosaures. Sur le chemin, un monsieur, avec quelques troubles mentaux accentués par l’alcool nous alpague, et réclame de la coca. M lui en donne. Puis on s’arrête près de la maison où elle nous décrit la construction. Un autre homme un peu plus loin commence à nous crier dessus, il ne veut pas qu’on prenne de photos, tout le monde range son téléphone, mais il continue à crier et s’avance vers nous menaçant. M décide qu’il est temps de partir, il continue à nous invectiver d’un air menaçant. M nous explique qu’il y a beaucoup d’étrangers qui viennent voler les fossiles ou qui parfois entrent dans leur maison pour faire la fête. Nous sommes contents d’être accompagnés par notre guide experte.


Nous rejoignons enfin la pierre et découvrons les empreintes. Impressionnants, plusieurs lignes de traces de pattes de dinosaures. Surprenant.



Nous rejoignons le van et allons dans un petit musée tenu par un petit monsieur tout mignon, qui nous montre avec passion tous les fossiles qu’il a collectionnés puis les instruments de musique. On ne l’arrête plus.


Enfin on rentre à Sucre, heureux de notre journée.
C’est également au cours de cette journée que M nous a parlé des sévices qui avaient eu lieu deux fois lors des affrontements entre Sucre et La Paz. Dont un massacre dans une église se soldant par le scalpe des soldats de Sucre, leur crâne servant de verre de vin à leurs adversaires (au 19° siècle) et plus récemment en 2007 la libération par les soldats de La Paz des détenus des prisons de Sucre pour semer la terreur.
Elle nous parle également des Suyu, ces offrandes à la Pachamama, notamment avant de commencer des constructions. Il parait, qu’avant de commencer une construction, et pour éviter les morts sur le chantier, les constructeurs font disparaitre quelqu’un, lui font ingurgiter une grande quantité d’alcool et le coule dans le béton des fondations.
On en a eu la chair de poule. Et ce sentiment ne nous a pas lâchés, lorsqu’en attendant notre bus à La Paz nous voyions défiler un nombre incalculable d’avis de disparition sur l’écran central.



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