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Potosi, l’enfer des mines.

  • Photo du rédacteur: CitoyensDuMondeEM
    CitoyensDuMondeEM
  • 26 mai 2023
  • 9 min de lecture




Comment y aller ?

Depuis Uyuni : 4h et 30 BOB, dans un bus qui a déjà beaucoup trop vécu.


Où dormir ?

Los Faroles, très bien situé, super sympa. Confortable, sauf quand une petite souris décide de passer la nuit dans votre chambre, voire dans votre lit… Imaginez les cris avec lesquels j’ai réveillé Mathieu quand elle s’est hissé sur mon lit.


Où manger ?

Mario Pizza et Comida Vegetariana Banana.


A voir dans la ville

Potosi est la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde à 4 070m d’altitude. Elle a été fondée en 1545 par les espagnols pour exploiter le Cero Rico, la montagne où se trouve toutes les mines. Entre 1545 et 1825 date de l’indépendance de la Bolivie il y aurait eu 8 millions de morts dans ces mines.



L’avantage, c’est qu’en venant d’Uyuni ville, tout nous parait magnifique. On voit d’ailleurs bien les vestiges de la richesse passée de la ville. En revanche à 4 000m d’altitude, et avec tous les bus et toutes les voitures, très vieilles et qui s’entassent, la respiration est très difficile. D’ailleurs les trottoirs sont trop étroits et la marche difficile.





La plaza del 10 de Noviembre nous parait charmante, les petites rues avec vue sur le Cero Rico qui renferme les mines d’argent et d’étain sont plutôt sympa.



On a fait un walking tour avec Koala tour. C’est plutôt sympa mais trop long et au bout de la dixième église on en avait franchement ras-le-bol mais le cœur y est.


On nous parle de la casa de la moneda




Del convento San Teresa, où allaient les filles nobles et dont elles ne pouvaient plus sortir de toute leur vie, ayant droit à 1h par mois de parloir avec leur famille.





La catedral san francisco


La iglesia san Lorenzo




El arco de Cobija


Les mines de Potosi

Mines d'argent surtout, mais aussi de zinc, d'étain, de plomb, creusées de façon anarchique au fil des siècles


Les mines sont encore en activité, notamment du fait de la pauvreté de la région. Elles fonctionnent tous les jours, et à toute heure. Les mineurs sont répartis en groupe de travail et « décident » de leur organisation. Parfois on trouve de jeunes enfants qui y travaillent.

L’espérance de vie n’est pas élevée (maximum 50ans). Les cancers du poumon et la silicose rongent les corps des mineurs.


La température dans les mines peut monter jusqu’à 45°.


On décide de passer par Koala Tour, une agence recommandée par notre hôtel et sur internet et qui reverse 30% de notre billet à la coopérative pour les mineurs. On se rend à l’agence, sur le chemin on prend des renseignements ailleurs, un gérant d’agence nous propose un prix très attractif, mais on n’a pas trop confiance. Les prix cassés ce n’est pas forcément bon signe.


Chez Koala Tours on nous dit déjà que pour le lendemain il ne faut pas y aller, il y a les élections de la coopératives et les débats syndicaux dans le coin se font à coup de poing voire de dynamite. Bon on attendra le lendemain.


Il y a quatre niveaux de difficulté, une mine musée, une première excursion dans les galeries à 100BOB, une autre plus longue de 130 BOB où on rampe et on descend des échelles sur 70m, et encore un step au-dessus qu’on n’a même pas regardé.


Louise est réticente à l’idée descendre des échelles et ramper (et heureusement !), nous très naïfs serions partis pour l’option 3. On est tous d’accord pour ne pas faire la mine musée. On part donc sur l’option 2. On nous explique qu’il y aura deux guides avec nous, au cas où l’un d’entre nous ne se sent pas de faire le tout l’un des deux guides peut le ramener vers la sortie. On se sent en confiance.


Le Jour J on part donc avec Miriam et Lady Gaga, deux guides fantastiques. Miriam parle un peu français. Elle nous laisse le temps de faire la traduction. Nous ne partons que tous les 4.

On commence par le vestiaire où on nous équipe de bottes, de surpantalons, de vestes et de casques. On marche ensuite jusqu’au magasin de mineurs. On nous montre la dynamite, A ce moment-là on plaisante encore avec ça. On nous dit que ça peut être sympa d’acheter quelques trucs pour les mineurs (coca, alcool à 96° qu’ils boivent, ou des sodas). On opte pour deux sodas.




On se dirige ensuite vers le minibus, et on se sent très mal à marcher dans la ville « déguisés » en mineurs. Cela nous parait presque insultant. Mais au final personne ne nous regarde. Ça n’a pas l’air de choquer.


On roule jusqu’au cerro Rico. Le Minibus nous laisse là. On commence à s’acheminer vers la mine ; On marche en équilibre sur des rails. Deux mineurs poussent un chariot on nous dit de nous enlever des rails, ils vident le chargement de minerai. On s’enfonce dans la mine, Tout de suite la chaleur, la poussière et l’obscurité prennent toute la place. On patauge dans de l’eau. On observe les poutres de bois qui « maintiennent » l’ouvrage enterré.









On s’enfonce dans les galeries devant parfois faire demi-tour et nous mettre à l’abris dans l’accotement pour éviter d’être percuté par ces chariots, qui pèsent 250Kg vide mais jusqu’à une tonne avec leur chargement et qui n’ont aucun frein. Par endroit il n’y a pas de rails et les mineurs remplissent des sacs de minéraux pour le sortir de la mine, qu’ils portent sur leur dos (jusqu’à 90kg). On croise quelques mineurs, qui tantôt cassent des cailloux tantôt réaménagent les lieux. On leur offre nos sodas, beaucoup auraient préféré de l’alcool.



On arrive dans des passages plus serrés, bientôt il n’est plus possible de marcher droit. Enfin on doit se baisser et marcher en canard avant de ramper, puis on monte une échelle où on craint de faire tomber les pierres sur ceux qui passent après nous.


On arrive enfin au Tio de la mina. Le Dieu de la mine (les Quechua au début n’arrivaient pas à prononcer Dios et le mot s’est transformé en Tio). Il est pourtant représenté sous les traits d’un diable. On nous dit qu’il ne s’agit pas du Diable car il n’a ni queue ni fourche. Il y a Benito ou Jorge. Il y en a 5 000 dans tout le Cerro. Il est marié à la Pachamama (la terre-mère). Le mineur le plus ancien le construit et le baptise. Ensuite chaque premier vendredi du mois, on lui fait des offrandes, des cigarettes sans filtre, de l’alcool à 96°, des feuilles de coca, des fœtus de lamas, toujours deux fois ; Une fois par an le jour de compartir on le nettoie. Dans la mine on peut emmener à boire, même de l’alcool, sauf du vin car c’est le sang du Christ, en revanche pas de nourriture car avec la poussière et le manque d’oxygène la nourriture gâte plus vite. Le Tio est affublé d’un phallus disproportionné. Et si la veille, sa statue dans la ville avait été l’objet de plaisanteries de notre part, aujourd’hui nous n’avons pas le cœur à l’humour. On se dit quand même que la quantité d’alcool à 96° qu’elle lui offre sur son membre ne doit pas être très agréable. Malgré tout hors de question de douter, ne serait-ce qu’un instant de cette superstition. On n'est ici que pour deux heures, et sans se l’avouer je me sens plutôt soulagée qu’elle lui fasse une offrande, après tout, dans le doute, je suis preneuse de tout ce qui peut garantir notre sortie sains et saufs du lieu. Alors évidemment, on peut comprendre que des mineurs, qui passent 8 heures par jour 30 ans de leur vie dans cet enfer, se raccroche à quelque superstition qui leur permettrait de survivre. Nos plaisanteries de la veille, bien qu’innocentes, nous paraissent à présent totalement déplacées.




On discute ici de l’organisation de la mine. Les travailleurs doivent acheter tout leur matériel. Ensuite ils s’organisent par équipe. Chaque semaine, ils comptent la quantité de minéral extrait, l’un va le faire expertiser au laboratoire, on évalue alors le prix. Avec ce prix on paye les frais (la dynamite, l’utilisation des machines à air comprimé), puis on paie les impôts à l’état, et enfin on se répartit ce qui reste en fonction de sa position : celui qui extrait, et fait péter la dynamite est mieux payé, car il prend plus de risque et meurt généralement bien plus jeune. Celui qui pousse le charriot est le moins bien payé. Dès qu’ils ne peuvent plus travailler, ils n’ont plus aucune source de revenu même à cause d’un accident ou d’une maladie professionnelle. Ce système nous parait proche de l’esclavage moderne. Pourtant notre guide à Sucre le défend corps et âmes, disant que les mineurs ne veulent pas qu’on se mêle de leurs affaires, parce que les mines ont été pillées pendant des siècles par les européens, alors maintenant on ne va pas venir expliquer comment exploiter LEUR terre, que les mineurs ont du pouvoir, que dès que le gouvernement veut faire quelque chose qui ne leur convient pas, ils manifestent dans les rues à coup de dynamite, et qu’ils sont fiers, ils n’ont besoin de personne. Cette conversation nous fait aussi réfléchir, on sent bien que c’est un sujet sensible, mais je n’arrive toujours pas à comprendre, comment leur sécurité peut être autant négligée.




On continue ensuite dans les galeries et on observe 25 trous dans la roche. Miriam nous explique que ce sont des trous pour les bâtons de dynamite. Louise demande un peu inquiète, comment cela se passe en cas d’explosion. Miriam nous explique qu’il y a deux choses importantes pour la sécurité : les signaux lumineux qui indiquent le passage d’un charriot sur les rails, et le signal « tiro, tiro ». Ce dernier signifie que des mineurs dans la galerie ont allumé la mèche et que ça va péter, il faut être à au moins 25m. On se regarde « mais ça ne peut pas arriver là ? » « Parfois si ». Et aussi cocasse et improbable que cela puisse paraître, on voit au bout de la galerie où on se trouve, une lumière, on entend un bruit un peu étouffé, Mathieu s’agite, Lady Gaga dit à Miriam « dijo Tiro ! dijo tiro ». La concomitance avec l’explication nous fait presque penser à une mauvaise blague. Nos guides nous disent de partir, on se lève et court dans la direction opposée, affolés. On est encore en train de courir lorsqu’on entend la première détonation. On se plaque au sol contre le mur, en se bouchant les oreilles. Des larmes coulent, je tremble comme une feuille. Une dizaine de détonation retentit, on sent les vibrations jusque dans notre cage thoracique. C’est terrifiant. On sent un souffle. Je n’ai pas tant peur de l’explosion que de l’effondrement de la galerie. C’est long. Très long. Et surtout cela nous a pris au dépourvu. Nos guides, compatissantes, tentent de nous calmer, sans jamais nous mépriser. J’ai un peu honte d’avoir eu si peur, alors que c’est leur quotidien, mais elles ne semblent pas nous juger, elles nous caressent affectueusement les bras et les jambes, pour qu’on se calme et que j’arrête de trembler.


On se remet en route rapidement, on ne veut pas traîner, on ne fait plus de pauses, même pour boire un peu d’eau. On veut juste sortir. Cela nous a vraiment secoués.


Lorsque je vois la lumière du jour et en informe mes camarades, on sent une vague de soulagement nous traverser. On remercie chaleureusement nos guides de nous avoir soutenus.


Dans la voiture on discute de l’aventure qu’on vient de vivre. Louise a cette remarque très juste, qui me heurte violemment « vous vous rendez compte, on ne parle que de ce qu’on a vécu nous, là, ce qu’on a ressenti, et pourtant il y a toutes ces personnes qui vivent ça au quotidien et on les oublie, même dans notre débriefing ». Même avec toutes les bonnes intentions du monde, alors qu’on voulait se sensibiliser sur l’envers du décor et tenter de prendre conscience des choses pour avoir une démarche plus éthique, on sort en ne pensant qu’à nous, tels des égoïstes. Une drôle de sensation nous étreint pendant plusieurs jours.


Se pose encore une question que l’on n’a pas réussi à trancher : visiter ou ne pas visiter ?

Les conditions de sécurité sont clairement précaires, même avec une bonne agence.


Visiter, c’est ne pas fermer les yeux sur les conditions de travail de certaines personnes dans le monde qui se tuent à la tâche pour qu’on achète au meilleur prix des bijoux, des breloques, que l’on mettra parfois comme décoration ou signe extérieur de richesse.


Mais visiter c’est peut-être aussi du voyeurisme, un zoo humain, une exploitation de la dépendance économique de certaines personnes et ça c’est inadmissible.


Visiter c’est peut-être aussi offrir une autre source de revenus (si c’est bien réparti) pour que peut-être un jour cette source de revenu vienne palier le besoin d’exploitation des mines.


Le tout est vraiment discutable. Et on n’a pas réussi à trancher. On est content d’avoir ouvert les yeux sur ce sujet, même si je crains que nous ne fassions pas changer grand-chose, et la conversation avec notre guide de Sucre nous a encore plus perturbés sur le sujet. Mais on ne remettra plus les pieds dans ce genre d’endroits, autant que faire se peut. Quant à savoir si on le recommanderait à des proches, la question est encore plus délicate du fait des conditions de sécurité. Quoi qu’il en soit l’exploitation humaine nous a une nouvelle fois heurté, et l’indifférence sur la condition de ses mineurs nous a profondément blessés, surtout lorsqu’on se dit qu’on a sûrement une part de responsabilité également.

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